Elie Wiesel le témoin de la vie ...

La douleur que nous ressentons à la mort d’Elie Wiesel est vive. Elle l’est en réalité pour chaque survivant qui a témoigné. Ceux connus comme ceux qui le sont moins.

 Ces survivants de la Shoah qui débordent d’une énergie que nous ne pouvons saisir ou comprendre et qui témoignent. Ceux qui au pas de course arpentent les allées et les blocs d’Auschwitz pour nous dire l’horreur. Ceux qui vont dans les écoles les plus reculées de France, pyjama rayé à la main pour dire que « ça » a existé. Ceux qui relèvent la chemise sur leur avant bras gauche laissant apparaître les numéros de la mort qui témoignent d’une horreur que l’on ne peut réaliser.

Elie Wiesel en était l’emblème. Non pas qu’il y ait une hiérarchie dans la souffrance, non pas qu’il ait souffert plus que d’autres mais parce qu’il a su dans des ouvrages essentiels porter témoignage. Il était une figure charismatique avec un accent unique, une voix douce qui savait se faire plus forte toutefois, pour être entendue. Il avait l’oreille de tous les puissants et savait mieux que quiconque porter la cause du judaïsme contemporain. Lorsque l’on parle de vigilance face à l’antisémitisme, lui savait en dépasser le simple concept pour dire que ce qu’il avait vu pouvait revenir.

Il était un homme élégant et charismatique. Sa présence imposait le silence et le respect. Son sourire était le plus généreux que j’ai eu à connaître. Quand je pense à Elie Wiesel je pense à l’OSE et sa « maison du bonheur » à Taverny, qui l’aura recueilli au sortir des camps. Ce lieu et ses équipes lui auront donné foi en une humanité qui pouvait être reconstruite. Là où Primo Levi n’aura pu survivre à la folie et à l’horreur, Elie Wiesel lui aura trouvé le chemin de la vie. C’est aussi cela qui nous attriste dans cette fin de vie lui qui lui avait donné un sens et dont on savait que la parole portait encore. Mais à l’instar des prophètes, il en était un, sa parole demeurera, essentielle, éternelle.

Que son souvenir nous soit une bénédiction.

Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité ...

Qui se souvient encore du terrible attentat de Nice le 14 juillet dernier ? Il aura fallu une rixe sur une plage de Sisco en Corse, un mois tout juste après le drame niçois, pour que notre été soit animé par un débat bien français qui nous est familier depuis l’affaire de ces trois jeunes collégiennes musulmanes à Creil qui, du jour au lendemain, sont apparus avec un foulard sur la tête.

Voilà donc 27 ans que la France s’émeut de tous les signes ostentatoires qui sont de nature à identifier une religion en la séparant de la communauté nationale dans le pays de la laïcité qui est devenu, c’est un fait, le quatrième mot de notre devise nationale : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.

Il y a encore quelques jours, rares étaient les personnes qui savaient en France ce qu’était un burkini. On le sait à présent sans pour autant en avoir vu. Même la très conservatrice ville du Touquet s’est dotée d’un arrêt municipal pour l’interdire admettant toutefois que l’on n'y avait jamais vu ce vêtement de bain si singulier. Le Conseil d’Etat à pour sa part décidé de suspendre un de ces arrêtés « anti-burkini ». On notera à cet égard que la presse étrangère occidentale s’amuse de ce débat.

Oui il est choquant de voir des femmes ainsi vêtues pour se rendre à la plage. Oui l’on ressent une certaine gêne en se disant, plus encore en cette période caniculaire, que le vêtement doit être bien inconfortable. Honnêtement, lorsque l’on se promène du coté de Méa Shearim à Jérusalem au mois d’août ne ressent-on pas aussi cette gêne de voir ces hommes emmitouflés dans des redingotes ou des femmes dont on ne peut apercevoir que le visage et les mains ?

Comme beaucoup d’entre vous, je ne suis pas dupe de ce qui se joue avec l’affaire du burkini. Certaines femmes probablement portent ce vêtement par défiance ou par revendication identitaire davantage que par des principes dictés par l’Islam. Mais l’on peut aussi concevoir, et donc accepter, que d’autres encore revendiquent une idée de la pudeur qui dans le judaïsme s’exprime dans les principes de « tsniout ». On pourrait débattre à en perdre haleine et en cela nous ferions le jeu de tous les extrémismes ou de certaines personnalités politiques qui trouvent là une tribune inespérée en vue des prochaines présidentielles.

La bienveillance devrait s’appliquer en la matière en ne voyant pas dans ces femmes porteuses d’un burkini des terroristes en puissance. Leur tenue me déplait et me semble s’opposer à leur dignité, pour autant cela ne mérite pas de les exclure de la communauté nationale ou même de l’espace public. Le quotidien israélien Yediot Aharonot a remarquablement décrit la situation dans un dessin ou l’on voit sur une plage française un policier verbaliser une femme en burkini tandis que, derrière lui, se trouve un terroriste lourdement armé près à se faire exploser qui l’interpelle en lui demandant s’il connaît un « café sympa dans le coin ».

Le policier sans le regarder lui répond : « Un moment, je suis occupé ». Eh oui la France est occupée à des questions futiles lorsque d’autres plus importantes sont occultées.

Patience et longueur de temps…

Le mois de septembre est déjà bien entamé et pourtant les fêtes de Tishri ne commenceront que dans deux bonnes semaines. Notre calendrier est lunaire et comporte parfois des années embolismiques, ce fut le cas cette année, où l’on rajoute un treizième mois en doublant celui de Adar. De fait, en pareille circonstance, les fêtes de Tishri sont plus tardives mais rarement aussi tard. C’est à peu près tous les dix ans que Rosh Hashanah commence aux premiers jours du mois d’octobre, la dernière fois c’était en 2005 il y a onze ans !

Avez-vous remarqué que si Kippour peut régulièrement coïncider avec un Shabbath il n’aura jamais lieu un vendredi ou un dimanche ce qui poserait de sérieux problèmes avec l’observance du Shabbath. De même le premier jour de Rosh Hashanah ne peut jamais tomber un dimanche, un mercredi ou un vendredi pour les mêmes raisons. Quel casse-tête que nos Rabbins ont pourtant habilement résolu. Notre calendrier actuel a été arrêté il y a bien longtemps, en 358.

Nous voilà donc un 18 septembre à attendre ces fêtes. Les sefardim s’y préparent déjà depuis le début du mois de Elloul lors des offices de selihot tôt le matin. Mais puisque nous sommes « conditionnés » avec la rentrée scolaire à l’imminence des fêtes de Tishri nous pourrions peut-être mettre à profit ce supplément de temps pour nous préparer mieux encore aux célébrations à venir. « Longueur et patience de temps » disait Jean de La Fontaine. Ces fêtes seraient presque une fable où le lièvre et la tortue trouveraient également leur place.

On fera le bilan fin octobre et nous verrons bien alors si le lièvre séfarade ou la tortue ashkénaze arriveront ensemble à la fin des fêtes de Tishri.

Ensemble sans aucun doute avec une expérience différente et de probables heures de sommeil en moins.