Des mots dits

BILLET DU 28 OCTOBRE 2018 sur Judaïques FM 94.8

La synagogue traditionnaliste de Pittsburg est semblable à ces centaines d’autres aux Etats-Unis. Elle est conservative (traditionnaliste), égalitaire et progressiste, bref elle est consensuelle d’une Amérique républicaine et démocrate parvenant en son sein à réunir les uns et les autres. C’est une synagogue engagée qui avait lancé il y a peu une cagnotte en ligne pour venir en aide au réfugiés, réunissant à ce jour plus de $7.000. C’est une synagogue comme tant d’autres et pourtant elle est le centre aujourd’hui de l’actualité mondiale.

Hier, il y a presque 24 heures, un homme pénétrait dans la synagogue au milieu des fidèles réunis pour l’office du Shabbath matin, et tout en disant sa haine des juifs, en appelant à tous les tuer, abattait 11 hommes et femmes, en blessant d’autres. Cet attentat est le plus meurtrier que la communauté juive n’ait jamais connu sur le sol américain. Il est le fait de ce vieil antisémitisme que les Etats-Unis tolèrent dans leur constitution sous couvert de liberté d’expression. On peut être ouvertement nazi, le revendiquer sans être, ou si peu, inquiété. La réaction du président américain est assez symptomatique de cet état de fait. Plutôt que d’attaquer le mal à la racine il en appelle les juifs à s’armer et se protéger de leurs agresseurs. Déclaration choquante vu de la vieille Europe mais tout à fait logique outre-Atlantique. L’Etat providentiel ne peut pas tout, il appartient à ses citoyens d’assurer leur protection. La lutte contre l’antisémitisme ne peut passer que par les armes.

Quelques heures après, le président Macron, par voie de communiqué, disait sa « tristesse et ses pensées pour celles et ceux tombés à Pittsburgh » assurant que la France était aux cotés du peuple américain « une nouvelle fois endeuillé ». Déclaration très consensuelle qui peut être servie après toutes les fusillades dont les Etats-Unis sont rompues. Deux heures plus tard, un nouveau communiqué de l’Elysée se voulait plus précis face à l’émotion qui grandissait sur les réseaux sociaux : « Je condamne avec force cet acte odieux d’antisémitisme à Pittsburgh. Mes pensées pour les victimes et mon soutien à leurs proches ». Ce n’était plus la France mais le Président qui nommait les choses avec des mots sans équivoque.

Oui aujourd’hui encore, face à l’évidence, il semble difficile de qualifier la haine antisémite meurtrière comme elle devrait l’être. Et pour cause, elle est le fait de l’échec de notre civilisation qui n’ose plus dire « plus jamais ca » mais qui en appelle à la vigilance.

Nous nous relèverons de cet attentat comme de tous les autres inspirés par le nom de cette communauté de Pittsburgh « Etz Haïm », un arbre de vie, aux multiples branches et racines, au feuillage qui tombe en cet automne mais qui repoussera avec vigueur. Oui cet arbre, qui symbolise la Torah, est aussi l’emblème de notre peuple, il voit les générations se succéder et demeure.