Si la tsedaka était un conte

BILLET DU 19 NOVEMBRE 2017 du rabbin Gabriel Farhi sur Judaïques FM

En cette journée du Radiothon, nous allons entendre de nombreux récits qui nous toucheront et nous conduiront à nous mobiliser pour la tsedaka afin de lever les dernières barrières qui nous font hésiter à donner. J’aimerais vous raconter une histoire vraie que j’ai vécue il y a plusieurs années dans une petite synagogue dans laquelle j’étais rabbin. J’avais pour habitude en arrivant le vendredi en milieu d’après-midi de relever le courrier de la boite au lettre extérieure. S’y trouvaient des lettres, des factures, des publicités enfin tout ce que l’on trouve généralement dans une boite aux lettres. Et puis un jour, je trouvais une enveloppe ne portant aucune mention, qui avait été déposée. En l’ouvrant il y avait des nombreux billets de banques et quelques pièces. Je crus à une erreur et gardais cette enveloppe au fond d’un tiroir en attendant qu’elle me soit réclamée. La semaine s’écoulait avec ses lettres habituelles et le vendredi suivant, de nouveau une enveloppe avec des billets et des pièces pour un montant sensiblement identique à la semaine précédente. Il en fut de même les vendredis suivants. Je menais alors mon enquête auprès des voisins susceptibles de voir la personne qui pouvait déposer cette enveloppe mais aucune réponse. Au bout d’un certain temps je donnais ces enveloppes à la personne en charge de la tsedaka dans ma communauté et parfois me servais pour donner quelques billets à des personnes nécessiteuses qui me sollicitaient. Et puis un vendredi soir, toujours après avoir reçu une enveloppe, je décidais de parler de la tsedaka lors de l’office et d’y consacrer mon enseignement. Et tout comme je le fais ce matin auprès des auditeurs de la fréquence juive unifiée, je racontais cette histoire en espérant secrètement qu’elle soit entendue par la personne donatrice ce qui me permettait de la remercier. Le vendredi suivant il n’y avait pas d’enveloppe dans la boite aux lettres et il n’y en eut jamais plus.

Avais-je été maladroit en évoquant cet acte anonyme de grande générosité ? Je ne le sais toujours pas aujourd’hui mais je compris alors qu’il fallait respecter l’anonymat que certains réclament dans l’exercice de la tsedaka. Il y a peu une personne est venue me voir en me demandant si notre synagogue accueillerait un nouveau Sefer Torah. Ma réponse fut enthousiaste bien entendu et je projetais déjà une grande cérémonie de réception. Mais voilà, il y avait une condition, que ce Sefer Torah ne soit accompagné que par la personne donatrice et le sofer, le scribe qui l’avait écrit, et que jamais l’identité de la personne donatrice ne soit connue. Cette volonté est respectée à ce jour en dépit des nombreuses questions qui m’ont été posées sur sa provenance.

En ce jour de Radiothon les dons seront publics ou anonymes mais dans tous les cas ils alimenteront les projets nécessaires qui permettront de rendre ce monde un peu plus juste.