Si la tsedaka était un conte

BILLET DU 19 NOVEMBRE 2017 du rabbin Gabriel Farhi sur Judaïques FM

En cette journée du Radiothon, nous allons entendre de nombreux récits qui nous toucheront et nous conduiront à nous mobiliser pour la tsedaka afin de lever les dernières barrières qui nous font hésiter à donner. J’aimerais vous raconter une histoire vraie que j’ai vécue il y a plusieurs années dans une petite synagogue dans laquelle j’étais rabbin. J’avais pour habitude en arrivant le vendredi en milieu d’après-midi de relever le courrier de la boite au lettre extérieure. S’y trouvaient des lettres, des factures, des publicités enfin tout ce que l’on trouve généralement dans une boite aux lettres. Et puis un jour, je trouvais une enveloppe ne portant aucune mention, qui avait été déposée. En l’ouvrant il y avait des nombreux billets de banques et quelques pièces. Je crus à une erreur et gardais cette enveloppe au fond d’un tiroir en attendant qu’elle me soit réclamée. La semaine s’écoulait avec ses lettres habituelles et le vendredi suivant, de nouveau une enveloppe avec des billets et des pièces pour un montant sensiblement identique à la semaine précédente. Il en fut de même les vendredis suivants. Je menais alors mon enquête auprès des voisins susceptibles de voir la personne qui pouvait déposer cette enveloppe mais aucune réponse. Au bout d’un certain temps je donnais ces enveloppes à la personne en charge de la tsedaka dans ma communauté et parfois me servais pour donner quelques billets à des personnes nécessiteuses qui me sollicitaient. Et puis un vendredi soir, toujours après avoir reçu une enveloppe, je décidais de parler de la tsedaka lors de l’office et d’y consacrer mon enseignement. Et tout comme je le fais ce matin auprès des auditeurs de la fréquence juive unifiée, je racontais cette histoire en espérant secrètement qu’elle soit entendue par la personne donatrice ce qui me permettait de la remercier. Le vendredi suivant il n’y avait pas d’enveloppe dans la boite aux lettres et il n’y en eut jamais plus.

Avais-je été maladroit en évoquant cet acte anonyme de grande générosité ? Je ne le sais toujours pas aujourd’hui mais je compris alors qu’il fallait respecter l’anonymat que certains réclament dans l’exercice de la tsedaka. Il y a peu une personne est venue me voir en me demandant si notre synagogue accueillerait un nouveau Sefer Torah. Ma réponse fut enthousiaste bien entendu et je projetais déjà une grande cérémonie de réception. Mais voilà, il y avait une condition, que ce Sefer Torah ne soit accompagné que par la personne donatrice et le sofer, le scribe qui l’avait écrit, et que jamais l’identité de la personne donatrice ne soit connue. Cette volonté est respectée à ce jour en dépit des nombreuses questions qui m’ont été posées sur sa provenance.

En ce jour de Radiothon les dons seront publics ou anonymes mais dans tous les cas ils alimenteront les projets nécessaires qui permettront de rendre ce monde un peu plus juste.

Pour une éthique des réseaux sociaux

BILLET DU 22 OCTOBRE 2017 sur Judaïques FM 94.8

Pour une éthique des réseaux sociaux

Si tout comme moi vous êtes des utilisateurs actifs des réseaux sociaux sur internet, Twitter, Facebook et autres Linkedin, vous vous êtes probablement déjà posés la question de savoir si, au-delà des règles qui sont fixées contractuellement, il ne devrait pas y en avoir d’autres plus éthiques celles-ci. Il est entendu que les réseaux sociaux sont censés ne pas accepter les discours incitants à la haine raciale ou à l’antisémitisme, la diffusion d’images choquantes ou pornographiques, et pourtant nous sommes témoins quotidiennement de ces écarts dont certains tombent même sous le coup de la loi théoriquement.

Les réseaux sociaux sont devenus incontournables dans toutes les formes de communication. Donald Trump en fait un usage compulsif et souvent maladroit de sorte que les journalistes guettent davantage son compte Twitter que la communication officielle de la Maison Blanche. On se plait à remonter le fil sur des années de telle ou telle personnalité pour voir les contradictions qui existent dans sa pensée. Il fut un temps où l’on « googlelisait » quelqu’un pour mieux le connaître, aujourd’hui on s’intéresse de près à ce qu’il a pu dire ou « liké », aimé. Les réseaux sociaux représentent un média comme les autres à cette seule différence que nous en sommes les acteurs et que nous pouvons dire, sans le filtre d’une ligne éditoriale, ce que bon nous semble. Pour certains c’est un formidable outil de libre expression, pour d’autres c’est au contraire le lieu de tous les excès. L’exemple le plus récent est ce fameux hashtag « balancetonporc » pour faire écho aux agressions sexuelles et viols présumés de Harvey Weinstein. La parole s’est libérée et des femmes par milliers ont fait part à travers cet hashtag de leurs expériences avec des hommes qui ont abusés d’elles. Des noms sont livrés en pâture sans que l’on puisse vérifier leur implication réelle. On pourrait se dire qu’a priori la justice sera saisie dans tous ces cas et fera son œuvre.

L’éthique ou le bon usage des réseaux sociaux pourraient consister dans un premier temps à ne pas se cacher derrière une identité virtuelle ou un faux profil. L’éthique pourrait encore être de vérifier une information avant de la publier. L’éthique serait surtout d’en faire un usage modéré, respectueux des relations réelles avec les autres, de savoir quitter son ordinateur, sa tablette ou son smartphone pour aller au contact des autres. Même lorsque Dieu a du parler à Moïse, il l’a fait « face à face ». C’est cette confrontation qui représente le véritable courage et l’audace au fond.

Simone Veil z’l

L’annonce de la mort de Simone Veil a plongé la France dans l’émotion. Ce n’était pas une émotion liée à un choc, l’accident de santé en août dernier à Avignon nous avait préparé à l’idée inéluctable que Simone Veil livrait depuis un ultime combat. Nous pouvions la chercher du regard dans les grands évènements communautaires qu’elle honorait habituellement de sa présence, elle n’y était plus. C’est donc cette vive émotion qui nous a saisie avec immédiatement le sentiment profond d’une reconnaissance pour un parcours de vie qui a fait honneur à sa famille, à la France et à la communauté juive.

Nul besoin de retracer ce chemin de vie de cette jeune adolescente niçoise qui se révèlera durant la Shoah dans sa force de vie et fera d’elle une combattante. Depuis, toutes ses actions furent un combat mené avec l’énergie de celle qui savait qu’elle avait raison et qui n’avait comme seul souci la vie. Que n’a t-on parlé du projet de loi qui porte son nom de dépénalisation de l’IVG. Elle ne pouvait se résoudre à ce que des femmes, de très jeunes femmes souvent, de celles qui avaient le même âge qu’elle dans les camps puissent voir leur corps mutilé et leur vie mise en danger. Combien d’entre-elles ont été sauvées de la mort et ont eu la possibilité de donner la vie ?

Dans toutes les hautes fonctions qu’elle a occupées et toutes les distinctions reçues, Simone Veil était « Madame ». Elle imposait ce respect, souvent cette crainte, et toujours l’admiration. Une phrase a largement circulé depuis vendredi qui résume une grande partie de sa pensée et de ses actions : « Les erreurs ne se regrettent pas, elles s’assument. La peur ne se fuit pas, elle se surmonte. L’amour ne se crie pas, il se prouve ». Elle aura su affronter tous les visages de la haine, ceux des camps comme leurs héritiers en disant les yeux dans les yeux à un Jean-Marie Le Pen et ses sbires haineux : « J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds ». Sa vie fut consacrée à la lutte contre la haine et l’injustice et fut une célébration de l’altruisme et de l’humanisme.

Oui elle était la femme préférée des français qui souhaitent à présent qu’elle ait sa place au Panthéon. Si cette décision reviendra au Président de la République, dont on ne peut imaginer qu’il n’aille dans ce sens, ce sera avant tout à sa famille, ses enfants, d’en décider. Elle a déjà

Sarah Halimi : « Un déni d’antisémitisme » : billet du 11 juin 2017

« Elle avait 65 ans, elle était directrice de crèche, juive. Sarah est morte le 4 avril dernier à Belleville, battue à mort et défenestrée par un jeune musulman radicalisé. A l’indécence de ce meurtre s’ajoute l’indifférence » Ces mots sont ceux d’une femme politique pour s’émouvoir de l’assassinat de Sarah Halimi dans la nuit du 3 au 4 avril dernier. Cette femme politique n’est pas française, elle est belge et eurodéputée, elle s’appelle Frédérique Ries. Force est de constater que depuis cet assassinat précédé d’insultes antisémites quotidiennes, de torture puis de défénestration, la classe politique française a été silencieuse jusqu’au plus hautes autorités de l’Etat de la mandature précédente ou actuelle. Certes très rapidement le Procureur de Paris, François Molins, a reçu des représentants de la communauté juive pour faire un point d’étape. Mais jusque là, cet homicide volontaire ne connaît pas la qualification aggravante d’antisémitisme. Cette aberration et ce silence ont conduit 17 intellectuels à signer une tribune dans le Figaro pour dénoncer ce déni d’antisémitisme. Une tribune passée quasi inaperçue dans un timing électoral implacable. Sarah Halimi a été assassinée au cœur de la campagne présidentielle, il en fut de même pour le drame de l’école Hozar haTorah à Toulouse à la seule différence que le meurtrier a très vite été présenté comme étant atteint psychiatriquement faisant presque passer ce meurtre pour un drame de voisinage.

Il y a eu une publication sur les réseaux sociaux il y a quelques jours qui a fait avancer la prise de conscience de la communauté nationale. Noémie Halioua, journaliste à Actualité Juive, avec des mots justes et émouvants s’est indignée du silence pesant après s’être entretenue avec le frère de Sarah Halimi. Cela l’a bouleversé et a poussé les avocats de la famille de la victime à donner une conférence de presse dont on aurait pu penser que l’onde de choc, après la révélation des circonstances, aurait été grandissante. Rien ou presque rien puisque l’on vous dit que c’est un fou ou un déséquilibré. Comme le dit Michel Onfray : "Si aujourd'hui on veut massacrer des gens, il suffit de plaider la folie."

L’eurodéputée Frédérique Ries a donc insisté devant le parlement européen pour alerter la communauté internationale puisque les choses sont figées et elle a voulu, avant que la parole ne lui soit reprise, associer les noms de toutes les victimes du terrorisme islamiste depuis Toulouse en passant par le Musée juif de Bruxelles ou encore l’HyperCacher. Tous sont morts pour la même et unique raison : la haine de leurs assassins pour les juifs.

Alors que va t-il se passer lorsque l’on sera sortis de cette longue période électorale dimanche prochain ? Nous entrerons alors dans l’été et sa torpeur. Il nous faut hurler pour que le nom de Sarah Halimi ne soit pas relégué au rang des faits divers. On attend de nos responsables qu’ils organisent une, deux, des dizaines de marches blanches, qu’ils interpellent directement ceux qui peuvent agir sur le temps judiciaire qui ne doit jamais être une excuse. La mémoire de Sarah nous oblige et nous en sommes responsables.

Une caricature nauséabonde : billet du 12 mars sur Judaïques FM

Accroc aux réseaux sociaux, j’ai jeté avant Shabbath un dernier coup d’œil à Twitter et, comme beaucoup d’entre vous, je suis tombé sur cette caricature nauséabonde représentant Emmanuel Macron en banquier avec son haut chapeau, un nez crochu, une faucille dans la main et un cigare. Tout autour de lui, relié par des fils, ses soutiens. Cette photo était accompagnée d’une phrase : « La vérité sur la galaxie Emmanuel Macron, RT si vous voulez l’alternance avec François Fillon ». Tout cela sur le compte très officiel « Les Républicains », le parti donc qui soutient François Fillon. Assez incrédule, tant cette caricature rappelle la propagande bien connue sous forme iconographique contre les Juifs et les Francs-maçons dans les années 30 et 40, j’ai pensé - avec l’imminence de la fête de Pourim - à une blague, certes de très mauvais gout, mais une blague.

Pas du tout ! 6 heures, il aura fallu 6 heures pour que Les Républicains retirent cette image avec des excuses du bout des lèvres. Ainsi les premiers mots justifiant le retrait furent : « Pour éviter toutes polémiques inutiles ». Et là, on a presque envie d’être incrédule en se demandant si s’émouvoir d’une représentation d’un candidat à la présidentielle en reprenant tous les codes les plus éculés de la propagande antisémite relève de la polémique inutile. Juste après dans un même souffle, Les Républicains présentent des excuses « à tous ceux qui ont pu être choqués par la caricature ». Mais tout le monde a été choqué. Ce n’est pas une communauté spécifique qui s’est sentie visée, c’est l’idée même que nous nous faisons de la France qui ne saurait être incarnée dans cette propagande dont on sait ce qu’elle a porté comme idéaux et permis comme atrocités.

François Fillon a lui, et c’est certainement le plus important, condamné de la manière la plus ferme cet acte en appelant à des sanctions internes. Voilà, c’est donc cela être vigilant comme nous l’avons rappelé durant le Shabbath Zakhor. On peut « effacer » sur Twitter, comme l’on doit effacer le souvenir d’Amalek, mais ne pas oublier.

Cette campagne présidentielle est décidément folle comme un mauvais Pourim qui dure depuis des semaines…

Shavouah Tov !

Cela fait 18 ans que j’ai le plaisir de vous présenter mon billet d’humeur du dimanche matin sur Judaïques FM m’offrant ainsi le privilège d’être l’un des premiers sur les ondes de la fréquence juive à vous souhaiter le traditionnel « Shavouah tov », une bonne semaine.

J’ai toujours été émerveillé par la faculté que nous avons à trouver des vœux pour nous saluer en toutes occasions. Un simple « bonjour » ou « bonne journée » serait presque inconvenant. Voilà que nous sortons tout juste du Shabbath et notre première pensée est celle de nous projeter, non pas dans le jour d’après, mais dans la semaine à venir, comme pour mieux attendre et préparer le prochain Shabbath.

En France la semaine commence le lundi et chacun connaît l’expression lorsqu’on lui demande comme ça va : « comme un lundi ». A la minute qui suit la fin de Shabbath, comme pour se donner du courage pour retourner dans le temps profane qui est celui de l’activité et du travail, nous souhaitons que la semaine soit bonne.

N’y voyez aucune ironie, mais si l’on souhaitait à François Fillon ce matin « Shavouah tov », il ne serait pas certain qu’il accepterait ce vœu sans sourciller. En réalité il y a comme une bénédiction dans cette façon de se saluer. On espère, si ce n’est le meilleur, d’être à l’abri du pire et des tourments. Il m’arrive fréquemment de visiter des malades à la fin du Shabbath et de leur souhaiter invariablement « Shavouah tov » bien que leur état soit parfois critique ou sans trop d’espoir. L’intention que nous mettons dans ce vœu, au-delà d’une simple salutation, a toute son importance. C’est presque une bénédiction dans la façon de le dire et de le penser.

Et puis il y a la volonté d’acter la fin du Shabbath comme pour légitimer le retour à une vie de tous les jours. Il suffit de voir ses mails ou sms que l’on reçoit dans les minutes qui suivent Shabbath et qui commencent par « Shavouah tov ». Une façon de dire que l’on a le droit à présent et justifier une relative absence ou suspension durant le temps du Shabbath.

Alors ce vœu, comme chaque semaine, je veux vous le souhaiter, nous le souhaiter en l’accompagnant de bénédictions et d’une intention sincère : Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

Les bouffons juifs de l’extrême droite

BILLET DU RABBIN GABRIEL FARHI  DU 12 FEVRIER 2017 sur Judaïques FM 94.8

Mercredi dernier est apparu sur le devant de la scène politique un groupuscule qui répond au nom de Confédération des juifs de France et des amis d'Israël (CJFAI). Le nom en impose, il donnerait l’illusion d’une représentation très officielle de la communauté juive française. L’illusion est telle que deux des principales figures du Front National, Gilbert Collard et Louis Aliot se sont pressés à un petit déjeuner s’offrant ainsi une tribune rêvée depuis bien longtemps en pensant être invités par une organisation qui compte dans la communauté. Las, une trentaine de personnes ont partagé ce moment mais l’écho en a été retentissant. Le Président du CRIF a rapidement dénoncé à la fois cette rencontre et cette officine rappelant le nécessaire « cordon sanitaire » entre la communauté juive et ce parti d’extrême droite.

Jamais sous la Vème République des élections présidentielles se seront montrées aussi incertaines. Il en est fini depuis 2002, et la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, de l’idée que deux blocs, celui de la gauche et de la droite s’opposent. La question n’est plus de savoir si Marine Le Pen sera au second tour mais qui lui fera face. Et l’on commence très sérieusement à envisager la possibilité que dans cinq mois elle devienne le nouveau locataire de l’Elysée. Les marchés financiers prennent cette hypothèse très au sérieux, comme ils avaient pris très au sérieux l’élection de Trump ou le Brexit. Les sondages sont à prendre avec des pincettes mais Marine Le Pen se maintient autour de 25% d’intentions de vote au premier tour loin devant ses premiers concurrents. Les déboires de François Fillon, le candidat faible du Parti Socialiste, la popularité de Macron et l’entrée probable dans le bal de Bayrou n’arrangeant pas la situation. On ne parle déjà plus de « dédiabolisation » du Front National, c’est objectif ayant été atteint.

Alors lorsque l’on voit des juifs servir la soupe à l’extrême droite on s’interroge. Voilà un parti dont les membres, je vous renvoie aux échanges de l’UEJF avec des militants à Lyon dimanche dernier, est ouvertement raciste, antisémite, négationniste et islamophobe. Quel lien pourrait-il exister, même le plus infime, avec les valeurs du judaïsme et de la République? Aucun. Un juif qui vote pour le Front National et un juif qui se renie. Il me semble juste inconcevable qu’il soit besoin de rappeler ces évidences. A ceux de nos coreligionnaires qui doutent, qui sont tentés par un vote de protestation, qui considèrent que nous aurions avec Le Front National des « ennemis communs », dites-vous que vous représentez tout ce que l’extrême droite exècre en faisant parti de fait d’un prétendu « lobby ». Alors oui vous pouvez succomber aux sirènes d’une nouvelle logorrhée comme lorsque Marine Le Pen s’adressant à la communauté juive via le très nationaliste « Valeurs Actuelles » disait en 2014 : « Non seulement, le Front national n’est pas votre ennemi, mais il est sans doute dans l’avenir le meilleur bouclier pour vous protéger face au seul vrai ennemi, le fondamentalisme islamiste.» Oui, le fondamentalisme islamiste est notre ennemi et c’est à vrai dire celui de la République et de tous les démocrates mais l’extrême droite représente également une menace certaine. Alors on pourrait se dire qu’il faut soigner le mal par le mal sauf que je préfère confier ma santé à un médecin plutôt qu’à un rebouteux.

Un arbre de vie

Un arbre de vie

5 février 2017

Bonjour,

Disons-le d’emblée : il nous faudra faire un grand effort d’imagination pour concevoir que ce 11 février est le nouvel an des arbres. Non point que la nature reprenne ses droits en cette période la plus froide de l’année, mais plutôt qu’en Israël, cette fête marque la fin de l’hiver. Les signes annonciateurs en sont l’amandier qui est le premier arbre à bourgeonner au début du mois de Shevat et à fleurir au 15 du mois, jour de Tou Bishevat : le nouvel an des arbres. Vient par la suite le caroubier, suivi dans ce même mois par la plupart des arbres. Ainsi nous délecterons-nous de nombreux fruits, il conviendra d’en consommer au moins quinze espèces, et planterons-nous un arbre. A cet égard rappelons le travail remarquable du KKL, le Keren Keyemet Le Israël, qui nous permet pour la somme symbolique d’une place d’entrée au cinéma de planter un arbre en Israël. C’est là une Mitsvah, un précepte positif, que nous ne manquerons pas d’accomplir.

L’arbre représente la vie et la transmission. Nous savons qu’en plantant un arbre aujourd’hui, il nous survivra, ainsi qu’à nos enfants et à nos petits-enfants. La communauté juive est semblable elle aussi à un arbre. De la même façon que l’on plante un arbre, on sait que l’on en récolte les fruits que plus tard, cela exige à la fois de la patience et du travail. Plus les racines sont profondes, plus les branches, les feuilles et les fruits peuvent se développer. Si la Torah est appelée un « Etz Hayim », un arbre de vie, c’est pour nous aider à comprendre qu’il y a au moins deux variétés d’arbres : l’une que l’on contemple et l’autre dont on se nourrit.

De la même façon, il existe des choses qui n’ont pas d’utilité si ce n’est de nous émouvoir par leur contemplation, mais il existe aussi, et c’est là l’essentiel, des choses qui ne nous apparaissent pas d’emblée belles mais dont le fruit est savoureux. La Torah, elle, est à la fois resplendissante et enrichissante. C’est elle qui nous maintient en vie en lui donnant tout son sens et ainsi pour chacun d’entre-nous qui l’observons, nous sommes une branche de cet arbre de vie, solidairement, essayant d’en donner les plus beaux fruits. Une branche peut tomber, une autre bourgeonnera car la nature est ainsi faite et parce qu’elle rythme nos vies par un cycle sur lequel nous n’avons pas prise.

Cette fête de Tou Bishevat doit nous faire réfléchir à notre place dans la communauté et notre rapport à la Torah.

Qui rend la justice ?

Le billet d'humeur du Rabbin Gabriel Farhi
du dimanche 29 janvier sur Judaïque FM.

Qui rend la justice ?

Il n’est pas un jour sans que la presse se fasse l’écho de révélations qui mettent à rude épreuve nos émotions. Trump et ses frasques à la Maison Blanche, un migrant noir qui se noie à Venise sous les yeux amusés des touristes et puis François Fillon désigné largement à la suite des Primaires et sous ses pieds un tapis rouge jusque vers les marches de l’Elysée jusqu’à ce que l’on apprenne que son épouse si discrète l’était réellement finalement à tel point qu’elle percevait des sommes indues pour des missions non-effectuées. Je dis cela et dans le même temps je me rends compte que je participe à un dénigrement hâtif sans connaître tous les éléments de ce dossier si ce ne sont des coupures de presse et ce qui s’en dit sur les réseaux sociaux.
 

Et c’est bien là le problème. Voilà un homme, François Fillon, qu’on louait encore il y a quelques jours pour son intégrité, sa droiture et ses hautes valeurs morales qui se trouve à présent au même rang que d’autres personnalités politiques corrompues ou malhonnêtes. On a peine à imaginer qu’il pourra se maintenir comme candidat de la Droite. D’une façon excessivement rare, la justice s’est saisie du dossier en ouvrant une enquête et auditionnant deux personnes moins de 48h après les révélations du Canard Enchainé. Mais l’opinion populaire, la vox populi, s’est déjà manifestée. Si l’affaire devait être classée sans suite cela viendrait justifier l’idée erronée d’une justice à deux vitesses selon que l’on soit puissant ou pas, et si l’affaire devait être instruite ce serait forcément un acharnement judiciaire sur fond de pressions politiques. Dans tous les cas, voilà la carrière d’un homme très probablement brisée et une atteinte durable à son honneur. Encore une fois, je ne connais rien du dossier et peu de l’homme en dehors de quelques rencontres très institutionnelles. L’héritier naturel de Philippe Seguin, personnalité admirable d’intégrité et l’homme qui en appelle régulièrement à De Gaulle est déjà jugé avant même de n’avoir pu s’expliquer en dehors d’un plateau de télévision qui n’est en rien l’antichambre de la justice. Ce sont là les travers et les dérives de l’instantanéité à l’heure de Twitter et de Facebook. Il n’y a plus de mise à distance. Un suspect est forcément un coupable !

Le risque majeur, qui se vérifie souvent, étant que la vindicte populaire influe sur le cours de la justice. Comment un Procureur, puis un Juge, peuvent raisonnablement instruire à charge et à décharge sans prendre en considération l’opinion toute faite de la population ? La justice est rendue au nom du Peuple français. Pour autant on ne peut faire l’économie d’une justice équitable qui sait être sourde aux bruissements et aux rumeurs pour apprécier une affaire dans sa vérité et forcément dans sa complexité. Nous le savons, le temps judiciaire et le temps médiatique sont deux choses distinctes et qui ne connaissent aucune synchronisation. Lorsque le temps médiatique impose son rythme et ses conclusions à la justice, il lui fait perdre sa force. C’est bien ce qui semble se passer actuellement.

Le don d’organes : une mitsvah !

Billet d'humeur du 8 janvier 2017 sur Judaïques FM 94.8 à 8h45

Donner un ou plusieurs de ses organes est non seulement conforme à la loi juive mais c’est même une Mitsvah. Oui je veux évoquer avec vous ce sujet difficile et pour lequel les clichés sont tenaces. On pense, à tort, que le judaïsme est opposé au prélèvement, et donc au don d’organes. Eh bien il faut le dire, puisqu’il s’agit de sauver des vies, le judaïsme autorise et encourage le don d’organes. Depuis le 1er janvier chacun est présumé donneur après sa mort s’il n’exprime pas son refus. Ainsi a t-on pu lire une tribune effarante du Grand Rabbin de Paris dans Actualité Juive qui appelle ses coreligionnaires à s’inscrire sur cette liste. La newsletter du Consistoire va plus loin encore en publiant sans autre explication les modalités pour se faire. S’inscrire sur le registre national du refus est un choix libre, qui doit être éclairé et qui ne saurait être dicté par un Rabbin ou une institution.

Rappelons-le, depuis 1978 en Israël existe une association du nom d’Adi qui porte le nom d’Ehoud Adi Ben Dror, un jeune homme qui alors qu’il n’avait que 26 ans est tombé gravement malade ce qui l’a conduit à une insuffisance rénale terminale. Bien qu’une dialyse ait été mise en place et qu’il ait bénéficié d’une greffe, il décèdera deux ans plus tard à l’âge de 28 ans. Depuis cette association s’est battue jusqu’à proposer une carte de dons d’organes appelée précisément « Adi » possédée aujourd’hui par 823 624 Israéliens soit 14% de la population adulte.

De nombreux Rabbins israéliens possèdent cette carte et plaident pour le don d’organes expliquant notamment au plus haut sommet de la hiérarchie religieuse au travers des deux grands rabbins d’Israël que donner ses organes est une Mitsvah. Oui les deux grands rabbins d’Israël ! On peut de son vivant donner un rein et il est intéressant d’observer qu’en Israël le temps d’attente pour bénéficier d’une greffe rénale est de quelques mois lorsque ce délais se compte en de nombreuses années en France.

Le Judaïsme, et cela a été rappelé par de nombreux décisionnaires au premier rang desquels le Rabbin Feinstein qui fait autorité, accepte sans réserve le don d’organes prélevé sur une personne déclarée morte, c’est à dire après observation de la cessation des activités cardiaques, pulmonaires et cérébrales. Les organes concernés ne peuvent en revanche être que les organes vitaux puisqu’il s’agit de sauver une ou plusieurs vies. Ainsi sont concernés, les reins, le cœur, les poumons et le foie.

La question n’est donc plus de savoir si l’on peut ou pas donner ses organes mais si l’on est préparé à se déclarer potentiel donneur. C’est un choix difficile où le seul obstacle est sa propre conscience et en aucun cas un argument religieux qui serait fallacieux. A ceux qui avancent la notion de respect de la personne morte, j’opposerai le respect supérieur de la personne qui pourra vivre. La transplantation d’organe n’est pas une chirurgie de confort, elle est vitale. Peut-on imaginer un don plus grand que celui de la vie a fortiori lorsque cette démarche est désintéressée ?

Est-ce que c'est bon pour nous ?

Depuis la nuit des temps, il est une question spécifiquement juive qui est la suivante : « Est-ce que c’est bon pour nous » ? Et c’est là probablement la question que beaucoup se posent aujourd’hui au moment de choisir ou d’éliminer un des deux candidats au deuxième tour des primaires. Enfin, a priori ce message vous intéresse ou vous concerne si vous êtes de droite ou du centre puisqu’il convient d’adhérer à ces valeurs et de souhaiter l’alternance.

Alors qui est bon pour nous de Fillon ou de Juppé ? Pour François Fillon, un procès en antisémitisme lui a été fait cette semaine après qu’il eut déclaré sur Europe 1 que l’intégrisme existait aussi dans la communauté juive qui n’avait pas toujours respecté toutes les règles de la République. Propos rapidement atténués par l’auteur dans une explication peu convaincante mais qui pour autant ne font pas de Fillon un antisémite, tout au plus un candidat qui se laisse déborder par ses mots sans réellement les maîtriser. C’est le signe d’une campagne éprouvante…

Alain Juppé lui, est suspecté d’amitiés douteuses ou de connivences dans sa bonne ville de Bordeaux avec les Frères musulmans allant jusqu’à financer une mosquée. Là aussi il y a une grande part de fantasme même si dans la réalité, pour ménager un électorat, Alain Jupé cultive une certaine ambiguïté.

Voyez-vous dans ces deux cas, comme dans d’autres, désigner ou éliminer un candidat sur des suppositions ou des allégations relayées ne serait pas très sérieux. Ce qui « est bon pour nous » est en réalité ce qui est bon pour la communauté nationale. Le danger ne se trouve pas dans les candidats des grandes formations républicaines mais dans ceux qui essayent d’exploiter ces propos pour démontrer à la communauté juive à quel point ils seraient dangereux. Au premier rang desquels le Front National qui tente de draguer à tout prix un électorat juif, et ca marche !

Carnet d'un 13 novembre

Que d’émotions en une petite semaine ! L’élection inattendue de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les commémorations des attentats du 13 novembre et trois disparitions consécutives de belles personnes : Leonard Cohen, Claude Hampel et Malek Chebel.

Ce billet de ce dimanche est pour la première fois un carnet de notes. Tournons-nous d’abord de l’autre coté de l’Atlantique. Nul besoin de revenir sur l’échec des instituts de sondage et de tous les chroniqueurs politiques, non. Il y a une nouvelle donne qu’il va falloir accepter. Avez-vous remarqué avec quelle rapidité certains ce sont demandé : « Est-ce bon pour nous » ? Sur les réseaux sociaux déjà circulaient une guématria aussi intrigante qu’improbable (on peut lui faire dire tout et sont contraire) qui faisait de Clinton l’Amalek des temps modernes et de Trump le Machia’h ben David, le Messie rien de moins que cela. Et l’on se plait à revoir les déclarations de Trump ou de son colistier qui soutiennent avec ardeur Israël et promettent qu’au jour 1, c’est à dire le 20 janvier, l’ambassade des Etats-Unis sera transférée de Tel-Aviv à Jérusalem. A suivre….

Ce 13 novembre est une blessure collective, si lointaine et si proche à la fois. Mon souvenir n’est pas tant celui du soir de la tuerie, c’était un Shabbath, que du lendemain matin, le samedi. Les rues parisiennes étaient vides et les quelques personnes qui s’y trouvaient étaient hagardes. Cela avait existé. On s’est promis de faire front et d’en tirer les conclusions. Aujourd’hui, un an après, le sentiment de danger face à la menace terroriste est, selon une enquête du Figaro, à son paroxysme.

Trois belles âmes, trois voix qui jouaient une partition pas si lointaine s’en sont allées. Leonard Cohen, la voix chaude, basse. Il était tout à la fois peintre, chanteur, poète, interprète. Son judaïsme était présent dans tous ses arts. De fait, il aura été le Cohen le plus connu de toutes ces dernières décennies : une consécration pour un juif !

Malek Chebel était un philosophe et théologien d’un Islam libéral et éclairé. Autant dire qu’il dérangeait lorsqu’il abordait des thèmes comme ceux de l’intimité ou de la sexualité. J’ai le souvenir d’une grande bienveillance et d’une écoute attentive et d’un homme de conviction.

Et puis ce Shabbath, Claude Hampel, l’ami de tous, est parti. Au delà de sa famille, la communauté juive le pleure. Il était inclassable et iconoclaste. Un homme d’une rare élégance, tant vestimentaire que de l’âme. Plus jeune survivant du ghetto de Varsovie, sa mère était enceinte de lui lorsqu’elle l'a fuit, Claude Hampel aura fait de la Mémoire et du Yiddish deux exigences. Son humour était fin et éclairait son sourire. Sa passion de jeunesse, le rock, l’aura suivi dans son attitude d’homme libre.

 

Joël Mergui réélu Président du Consistoire Central !

On a voté au consistoire, ce dimanche 19 juin. Enfin quelques « grands électeurs » sont appelés à designer le nouveau Président du Consistoire Central. Deux candidats sont en lice, le sortant Joël Mergui et Evelyne Gougenheim. Nous sommes déjà en mesure de vous annoncer que Joël Mergui sera élu à une large majorité avant même que le premier bulletin de vote n’ait été déposé dans l’urne.

On pourrait imaginer que le Président sortant puisse s’appuyer sur un excellent bilan de son dernier mandat et que ses perspectives d’avenir suscitent l’enthousiasme. Non ce n’est pas même cela, c’est simplement le fait que le Consistoire est une institution excessivement politique dont on connaît par avance les alliances et les intentions de vote.

Ceci étant dit intéressons-nous un instant à cette noble institution qui est le siège de tant de passions. Le Consistoire est l’une des plus anciennes instances de la communauté puisque c’est en 1808 par décret impérial de Napoléon 1er qu'elle vit le jour. En bon chef des armées, Napoléon voulait une représentation du judaïsme français hiérarchisée et un interlocuteur unique. C’était aussi l’occasion de permettre l’émancipation des Juifs de France tout en leur donnant leur place dans la Cité.

La vocation même du Consistoire serait donc de fédérer l’ensemble du culte israélite. Ce qui était vrai il y a deux siècles l’est beaucoup moins aujourd’hui tant les expressions du judaïsme religieux sont multiples. Ne parlons même pas des laïcs qui n’ont pas vocation à être représentés par une instance religieuse. Le Président du Consistoire occupe un rôle certain, souvent conflictuel avec le Grand Rabbin de France alors que les deux dirigeants devraient travailler main dans la main. Un rôle politique pour le premier, un rôle religieux pour le second.

En principe il devrait en être ainsi. Dans la réalité le Président du Consistoire cède à l’hyper présidentialisation espérant représenter les Juifs de France dans leur ensemble. Ainsi trouve t-on sur le site du Consistoire cette phrase généreuse en apparence : "Plus la communauté se développe et plus le Consistoire est ainsi présent, conformément à ses principes d’ouverture, de tolérance afin d’intégrer le plus grand nombre de juifs qu’ils soient libéraux, traditionalistes ou conservateurs".

La réalité est tout autre derrière un discours très polissé qui représente davantage un idéal qu’un état de fait. Le Consistoire représente aujourd’hui le judaïsme orthodoxe et certainement pas les autres courants qui demeurent hérétiques aux yeux de l’institution. L’intégration des juifs libéraux, traditionalistes et conservateurs doit passer par la reconnaissance et non le dénigrement systématique. Mais prenons acte de cette volonté d’ouverture en souhaitant que le Président élu aujourd’hui face d’un slogan une réalité.

Les tous derniers sujets d’actualité autour des attaques contre le présumé libéralisme du Grand Rabbin de France ou le silence assourdissant après les déclarations du Grand Rabbin Sitruk sur l’homosexualité ne semblent pas donner cette impression.

Elie Wiesel le témoin de la vie ...

La douleur que nous ressentons à la mort d’Elie Wiesel est vive. Elle l’est en réalité pour chaque survivant qui a témoigné. Ceux connus comme ceux qui le sont moins.

 Ces survivants de la Shoah qui débordent d’une énergie que nous ne pouvons saisir ou comprendre et qui témoignent. Ceux qui au pas de course arpentent les allées et les blocs d’Auschwitz pour nous dire l’horreur. Ceux qui vont dans les écoles les plus reculées de France, pyjama rayé à la main pour dire que « ça » a existé. Ceux qui relèvent la chemise sur leur avant bras gauche laissant apparaître les numéros de la mort qui témoignent d’une horreur que l’on ne peut réaliser.

Elie Wiesel en était l’emblème. Non pas qu’il y ait une hiérarchie dans la souffrance, non pas qu’il ait souffert plus que d’autres mais parce qu’il a su dans des ouvrages essentiels porter témoignage. Il était une figure charismatique avec un accent unique, une voix douce qui savait se faire plus forte toutefois, pour être entendue. Il avait l’oreille de tous les puissants et savait mieux que quiconque porter la cause du judaïsme contemporain. Lorsque l’on parle de vigilance face à l’antisémitisme, lui savait en dépasser le simple concept pour dire que ce qu’il avait vu pouvait revenir.

Il était un homme élégant et charismatique. Sa présence imposait le silence et le respect. Son sourire était le plus généreux que j’ai eu à connaître. Quand je pense à Elie Wiesel je pense à l’OSE et sa « maison du bonheur » à Taverny, qui l’aura recueilli au sortir des camps. Ce lieu et ses équipes lui auront donné foi en une humanité qui pouvait être reconstruite. Là où Primo Levi n’aura pu survivre à la folie et à l’horreur, Elie Wiesel lui aura trouvé le chemin de la vie. C’est aussi cela qui nous attriste dans cette fin de vie lui qui lui avait donné un sens et dont on savait que la parole portait encore. Mais à l’instar des prophètes, il en était un, sa parole demeurera, essentielle, éternelle.

Que son souvenir nous soit une bénédiction.

Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité ...

Qui se souvient encore du terrible attentat de Nice le 14 juillet dernier ? Il aura fallu une rixe sur une plage de Sisco en Corse, un mois tout juste après le drame niçois, pour que notre été soit animé par un débat bien français qui nous est familier depuis l’affaire de ces trois jeunes collégiennes musulmanes à Creil qui, du jour au lendemain, sont apparus avec un foulard sur la tête.

Voilà donc 27 ans que la France s’émeut de tous les signes ostentatoires qui sont de nature à identifier une religion en la séparant de la communauté nationale dans le pays de la laïcité qui est devenu, c’est un fait, le quatrième mot de notre devise nationale : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.

Il y a encore quelques jours, rares étaient les personnes qui savaient en France ce qu’était un burkini. On le sait à présent sans pour autant en avoir vu. Même la très conservatrice ville du Touquet s’est dotée d’un arrêt municipal pour l’interdire admettant toutefois que l’on n'y avait jamais vu ce vêtement de bain si singulier. Le Conseil d’Etat à pour sa part décidé de suspendre un de ces arrêtés « anti-burkini ». On notera à cet égard que la presse étrangère occidentale s’amuse de ce débat.

Oui il est choquant de voir des femmes ainsi vêtues pour se rendre à la plage. Oui l’on ressent une certaine gêne en se disant, plus encore en cette période caniculaire, que le vêtement doit être bien inconfortable. Honnêtement, lorsque l’on se promène du coté de Méa Shearim à Jérusalem au mois d’août ne ressent-on pas aussi cette gêne de voir ces hommes emmitouflés dans des redingotes ou des femmes dont on ne peut apercevoir que le visage et les mains ?

Comme beaucoup d’entre vous, je ne suis pas dupe de ce qui se joue avec l’affaire du burkini. Certaines femmes probablement portent ce vêtement par défiance ou par revendication identitaire davantage que par des principes dictés par l’Islam. Mais l’on peut aussi concevoir, et donc accepter, que d’autres encore revendiquent une idée de la pudeur qui dans le judaïsme s’exprime dans les principes de « tsniout ». On pourrait débattre à en perdre haleine et en cela nous ferions le jeu de tous les extrémismes ou de certaines personnalités politiques qui trouvent là une tribune inespérée en vue des prochaines présidentielles.

La bienveillance devrait s’appliquer en la matière en ne voyant pas dans ces femmes porteuses d’un burkini des terroristes en puissance. Leur tenue me déplait et me semble s’opposer à leur dignité, pour autant cela ne mérite pas de les exclure de la communauté nationale ou même de l’espace public. Le quotidien israélien Yediot Aharonot a remarquablement décrit la situation dans un dessin ou l’on voit sur une plage française un policier verbaliser une femme en burkini tandis que, derrière lui, se trouve un terroriste lourdement armé près à se faire exploser qui l’interpelle en lui demandant s’il connaît un « café sympa dans le coin ».

Le policier sans le regarder lui répond : « Un moment, je suis occupé ». Eh oui la France est occupée à des questions futiles lorsque d’autres plus importantes sont occultées.

Patience et longueur de temps…

Le mois de septembre est déjà bien entamé et pourtant les fêtes de Tishri ne commenceront que dans deux bonnes semaines. Notre calendrier est lunaire et comporte parfois des années embolismiques, ce fut le cas cette année, où l’on rajoute un treizième mois en doublant celui de Adar. De fait, en pareille circonstance, les fêtes de Tishri sont plus tardives mais rarement aussi tard. C’est à peu près tous les dix ans que Rosh Hashanah commence aux premiers jours du mois d’octobre, la dernière fois c’était en 2005 il y a onze ans !

Avez-vous remarqué que si Kippour peut régulièrement coïncider avec un Shabbath il n’aura jamais lieu un vendredi ou un dimanche ce qui poserait de sérieux problèmes avec l’observance du Shabbath. De même le premier jour de Rosh Hashanah ne peut jamais tomber un dimanche, un mercredi ou un vendredi pour les mêmes raisons. Quel casse-tête que nos Rabbins ont pourtant habilement résolu. Notre calendrier actuel a été arrêté il y a bien longtemps, en 358.

Nous voilà donc un 18 septembre à attendre ces fêtes. Les sefardim s’y préparent déjà depuis le début du mois de Elloul lors des offices de selihot tôt le matin. Mais puisque nous sommes « conditionnés » avec la rentrée scolaire à l’imminence des fêtes de Tishri nous pourrions peut-être mettre à profit ce supplément de temps pour nous préparer mieux encore aux célébrations à venir. « Longueur et patience de temps » disait Jean de La Fontaine. Ces fêtes seraient presque une fable où le lièvre et la tortue trouveraient également leur place.

On fera le bilan fin octobre et nous verrons bien alors si le lièvre séfarade ou la tortue ashkénaze arriveront ensemble à la fin des fêtes de Tishri.

Ensemble sans aucun doute avec une expérience différente et de probables heures de sommeil en moins.